mercredi 27 août 2008

Réveil

Me déplaçant le long du lac
A demi caché sous un nuage
Un soleil
De retour devant la montagne
En suivant la rive
Un autre soleil
Resplendissait
( )
Ce matin à mon lever
Un soleil
Explose les nuages
Avant que je ne parte sur le lac
Suivre le ruissellement des rayons
De milliers de soleils
Qui s'allument et s'éteignent
Étoiles d'eau

( Je serai noyé de lumière
Devant le soleil
Je serai tué de son feu
Qui m'emporte ailleurs
Je ne sais où
Où des milliards de soleil naissent
Avant de couler dans l'oreille qui dort
Bercée au son de l'eau)

mardi 26 août 2008

Un peu de clarté

Un peu d'ombre

Et toute la profondeur du boisé est révélée

lundi 25 août 2008

L'aile

à Gisèle Poupart



Au dessus de moi

Aile de chauve souris

Passant si rapidement

Une ombre à mes pieds

Dans l'ombre du boisé



Elle me rappelle un homme mort que j'ai aimé

À la vie plus rapide que la mienne

Qui passe encore dans mes pas

Au moment ou je m'y attends le moins

Dans la forêt dans la nuit

Ou plus loin encore

vendredi 22 août 2008

La vie de la pluie

Le tronc des arbres noir de tant d'humidité et de pluie

(Pluie de deux jours)

Les feuilles vertes attaquées de lumière

Combattent de leur transparence

(Bougeant légèrement)

De leur eau verte

Retiennent la lumière

(Un moment)

Avant d'être défaites

Immolée leur splendeur translucide

(Bientôt)

Au sol jaunies

Exténuées de vivre

(Maintenant)

Le tronc des arbres gris au vent

jeudi 10 juillet 2008

Entre montagne et eau, la lumière des fumées et l'ombre des nuées sont sans cesse changeantes. Tantôt elles apparaissent, tantôt, elles s'estompent. En plein éclat ou dissimulées. elles recèlent en leur sein le Souffle et l'Esprit. Les Anciens cherchaient par tous les moyens à en sonder le mystère : par le Pinceau-sans-Pinceau pour en capter le Souffle et par l'Encre-sans-Encre pour en saisir l'Esprit.

Pu Yen-Y'U

mercredi 9 juillet 2008

Moucherolle tchébec

Moucherolle de la volonté enlacée à l'air, qui creusait l'espace pour attraper la mouche, la libellule, le maringouin. Qui allait de cette branche d'arbre vivante à cette autre branche sèche puis à son nid pour apporter les mouches aux petits becs s'ouvrant sans fin. Qui passait sans cesse devant mes yeux, me rappelant cette volonté toujours présente en nos pensées et nos gestes, souvent superflue, parce que liée à ce qui n'est pas nécessaire ou à ce qui ne semble pas l'être, comme l'art. Cette volonté dont il faudrait si souvent départir pour se laisser porter uniquement par le vent, devenir mouvement.

Deux moucherolles alignées sur une branche, le mâle et la femelle, la femelle lisse sur la branche son bec pendant que le mâle me surveille. Je ne dois pas bouger, sa volonté contre la mienne. Je n'arrive pas à détacher mon oeil de ses mouvements de tête suivis de ses mouvements de queue. Lui, il veut aller porter la mouche à ses petits, emprunter à l'air son mouvement pour devenir air lui-même, se déplacer le plus furtivement possible, pour nourrir l'air, en retour, de cette qualité de volonté efficace qui émeut. Je tourne la tête, il passe sans que je le voie. J'entends un léger déplacement d'air.

Les jours s'allongent, les nuits raccourcissent. Les moucherolles vont et viennent. Plongeant pour attraper l'insecte d'un coup de queue simple, elles reviennent sur la branche qui se balance, en lançant un simple pépiement qui affirme : il faut être dans l'air le mouvement qui sans cesse apporte et enlève, tue et fait vivre.

Hier, elles étaient parties. Le nid était vide. Je l'ai tout de suite senti en arrivant au lac. Ils n'étaient plus là ces guetteurs admirables de nos moindres mouvements. Nous étions inquiets un instant d'une mort possible des petits, mais le nid, au coin du toit de la véranda, était intact. Ils étaient partis tout simplement.

jeudi 3 juillet 2008

Étoile du matin

Est-ce le soleil qui émet des signes?
Ces étoiles dans les vagues, quelle langue parlent-t-elles, me parlent-t-elles?
La langue du commencement ? La langue de la fin de l'étoile? De son onde qui s'éteint?


Toi qui es à côté de moi, tu peux continuer de parler.


Son langage est sur le lac, je le vois, il me parle, mais de quoi?
Quel langage est-ce, sinon une musique qui vibre des étoiles?
Une langue ondule sur le lac une nouvelle portée d'étoiles, c'est ce qui m'est dit?


Toi à côté de moi, tu peux continuer de parler ta langue humaine.

Musique d'étoiles sur le lac et le ciel brulant de cette étoile, son bleu versé sur nous, qui parlons?
N'arrêtes pas de parler, toi qui est si proche de moi, ne sais-tu pas que de toute façon ta langue chaude je la goberai?
Ne sais-tu pas que je mangerai ta langue d'étoiles soulevée par la vague qui succède à la vague, à la vague qui a fait disparaitre l'étoile sur le lac?


Toi à côté de moi, ton silence est dans ma bouche et les étoiles sont entre les vagues le cri des étoiles.


samedi 28 juin 2008

Garage sans auto

à ma voisine

Ouvrant la porte de mon garage à Montréal ( j'écris dans un garage) j'entends les chants des oiseaux. Ce matin un oiseau nouveau, dont je ne connais ni le nom ni l'allure, donne de la voix. Est-il d'une espèce plus tropicale? A-t-il les ailes bleues et la gorge verte? Est-ce un égaré? Un transfuge ? Un réfugié politique des espaces saccagés?

Un peu fatigué d'écrire, je me lève. Sortant dans la cour, j'entends un bruit dans les feuillages de mon kiwi actinida. C'est un petit oiseau-chat dans son nid de feuilles, curieux animal qui s'échappe doucement d'un bond en flottant dans l'air. Sa propriétaire lui a passé au cou un collier à clochettes, ce qui le rend inapte à la chasse. Heureusement !

Revenant dans mon garage, et m'asseyant pour écrire, j'imagine Montréal sans automobiles. Pendant de longues heures, le matin, on n'entendrait que les chants d'oiseaux et les pas des passants pressés d'aller au travail, regrettant dans le métro leur passage trop rapide sous les arbres où chats et oiseaux chassent le temps perdu.


Car en marchant nous créons une émotion qui donne vie au paysage, nous lui donnons une partie de nous-mêmes qui l'imprègne pour toujours.
Or, effectivement en écoutant les oiseaux, en aspirant les odeurs des bleuets en fleurs et des foins que l'on fauchait un peu plus au sud, je sentais monter en moi cette force morale qui avait donné à nos ancêtres la possibilité de survivre dans cette région ignorée du reste du monde.

Roger Fournier, Gaïagyne

Bain de sons

Le matin, je m'assois sur la galerie. De la montagne, qui est de l'autre côté du lac, et tout autour de moi, les oiseaux dans l'air humide d'une pluie nocturne m'offrent un bain de chants. Je m'enrobe de cette eau soyeuse. Toutes les pores de ma peau absorbent les sons de l'aurore.

Brume

Je ne voyais rien devant moi que ce blanc de nuage. Le soleil la perçait en un seul point, y déposant une étoile. Regardant de la fenêtre, j'imaginais un paysage silencieux. Je me disais que pour les oiseaux cette brume était un espace infranchissable et mortel, où l'on ne peut ni voler ni trouver de la nourriture. J'ai ouvert la porte. Le foisonnant des cris et des chants dans l'air. Plus de mort. La mort est le silence. Que le délice de ce qui m'est invisible et le scintillement des chants.

vendredi 23 mai 2008

Trille

Comme au printemps

L'eau qui s'écoulait

Claire

A cessé de s'écouler

Noire

Elle est ce qui pourrit

Le bois décédé

D'où nait la vie

Autour d'elle

Les fougères ont poussé comme un hasard

Entre elles

Les trilles

Trilles blanches

Fleurissent

Se colorent

Roses

Brunes

Se fanent

Comme un printemps

lundi 31 mars 2008

Une ville en boite

Sur le mont Royal, au loin, les tours de l'Île des Soeurs ont la même forme que le lampadaire à l'avant-plan que je vois du chalet du Belvédère : une forme plus ou moins rectangulaire surmontée d'un petit chapeau. L'un et l'autre sont analogues. La lampe du lampadaire est ronde alors que l'édifice appartement de l'Île des Soeurs est rectangulaire. Il en va ainsi de notre civilisation de boîtes. Cela a commencé depuis des millénaires, cette construction rectangulaire. Elle est un des fondements de notre civilisation. Depuis peu la boîte est déformée par le vent. Les formes des automobiles s'arrondissent et surgissent dans le paysage des tours cylindriques dont chacun des appartements aux formes rondes tourne au vent, procurant de l'énergie aux habitants. Peut-on imaginer un paysage urbain composé de ces formes arrondies, lissés par le vent, douces à l'oeil. L'image du cercle appelle celle du recyclage, ce qui tourne sans cesse, ce qui est entrainé par le vent, ce qui est sculpté par lui.


mardi 25 mars 2008

Celui qui voit la loutre

Celui qui voit la loutre, je le connais depuis longtemps. Il s'est arrêté, il a entendu un bruit d'eau. Il a vu dans le ruisseau un museau sortir et entrer très rapidement. Je me suis immobilisé moi aussi. J'ai entendu tous ces oiseaux qui l'accompagnent quand il va en forêt. Mais il ne le sait pas qu'il les attire, qu'il les connaît, qu'il les convoque. Que l'espace de silence qu'il crée, les assemble autour de lui. Il a beaucoup lu sur eux, dans son enfance, puis les a abandonnés à eux-mêmes. Il me dit : j'ai vu une loutre. Je pense qu'il ne peut y avoir de loutre ici, à Val-David, dans ce parc très fréquenté. Que c'est peut-être une martre. Il est affirmatif, ce ne peut-être qu'une loutre. Et je suis certain qu'il a raison. Lui, il ne sait pas qu'elle a levé le nez pour le voir surgir dans le paysage. Il ne sait pas que je n'ai jamais vu de loutre. Je regarde le ruisseau, il est calme et fluide et ne révèle aucun autre mouvement que celui de son écoulement. Nous nous arrêtons un peu plus loin. Encore une fois, cela chante, cela s'élève. Il ne le sait pas qu'il appartient à la forêt et au calme de ce paysage.


mardi 18 mars 2008

Sons

Le paysage est tout entier contenu en ses sons. Chuintement, effleurements, gazouillis, frottements. Il faut fermer les yeux. Le paysage s'assemble, se lève en soi. Il prend corps. Il est composé, il est traduit en mots qui emportent et vous font apparaître dans le paysage, comme un corps, votre corps, qui voit le mouvement qui vous a créé dans ce paysage où surgissent oiseaux, branches, feuilles, arbres. Sifflements, effleurements d'eau sur la roche, glougloutements. Vous êtes d'eau. De l'eau prend forme. De l'eau parle de la neige. Souffle doux d'un coeur qui bat longtemps. Chaleur doucement insinuée goutte à goutte dans le sol. Je coule sur le sol. Je me lève. Des oiseaux aux ailes bleus effleurent mon visage transparent. Tourbillons. Fracas. Une cascade et son miroitement d'arcs en ciels. Autant dire que je me brise. Que le son s'enfle en moi pour me disloquer. Telle est ma mort. Un court instant. Le paysage tue constamment son silence. Les sons entrent en moi. Ils se dispersent et résonnent. Les branches sont agitées par le vent. J'aime ce froissement des feuilles attachées aux arbres dans le froid. Il craque. Il fissure. L'eau de nouveau détruit l'embâcle. Les paroles se libèrent. Un humain dit enfant. Une femme forme un rond de sa bouche. Le bruit de la langue qui humecte les lèvres. Une paupière glisse sur un oeil. Le sifflement d'une poudre sur la neige. Le visage se couvre de frimas. L'oeil regarde l'entonnoir de sons. Je ne parle plus. Le silence se déchire. Du sol émerge la plante en un léger chuintement, si tendre. Ce vert perle dans l'azur. Ce reflet dans l'eau de branches. Elle scintille de sons l'eau. Elle m'enlace une autre fois. Je suis debout, couvert de ses sons. J'ouvre le paysage avec ma bouche.

vendredi 14 mars 2008

Pinacle

Texte retiré temporairement

Publié dans la revue Estuaire no. 133 été 2008 intitulé Jardins d'ombre. En librairie.

jeudi 13 mars 2008

Inachevée

Le poète et la poésie ont inventé la nature, mais c'est un poème inachevé. Nous sommes à construire cette nature. Auparavant, nous affrontions l'univers et l'affrontant nous le détruisions. Il faut désormais vivre avec elle. Ce monde a été fait pour nous, ou plutôt nous avons été faits par ce monde pour que nous puissions de toute notre fibre vivre en lui. Indéfiniment, dans la joie. Ainsi cette neige qui tombe.


samedi 1 mars 2008

Bronze

Couleur mate figée des feuilles. Le coucher de soleil devant moi.
Le froid de bronze.

mardi 22 janvier 2008

Citation de Ashini de Yves Thériault

Qu'il soit gens des hautes pentes ou gens de vallons tortueux, l'homme scrutateur de pistes comme moi n'a pas craint la solitude s'il n'a jamais eu d'autre sort.
C'est d'avoir été et de ne plus être qui arrache à l'homme le dernier lambeau de sa joie. Il n'est point de science plus simple que celle de marcher seul dans un sentier.
Mais il n'est point de science plus complexe que de parcourir seul des sentiers où d'autres auparavant cheminaient avec soi.

vendredi 11 janvier 2008

Économie du paysage

Dépôt de la loi sur la conservation du patrimoine culturel. Il sera conservé à condition que cela ne nuise pas à l'économie. Ce patrimoine incluant le paysage. Quelqu'un (et plusieurs ) fait remarquer que le projet Rabaska dévisage le paysage que l'on voit de Québec. Quoi ! L'économie de la Ville de Québec n'est pas liée au tourisme, à la beauté du paysage !!!

Paysage de la fuite

Dans le film d'Arcand, L'âge des ténèbres, horizons bouchés de la banlieue, horizons clos de la circulation, horizons circulaires du travail. Le personnage principal, un fonctionnaire provincial, clôt tout espoir pour le client qui lui fait face dans un cubicule où ils ne peuvent agir, où ils sont tous les deux pris au piège. Avant le travail, dans les rues, bouches bouchées des passants, après le travail, oreilles saturées de bruits par les téléphones portables. Tout est retourné vers soi et n'aboutit qu'à une affirmation vide de soi. Le fonctionnaire s'évade, s'échappe, et affronte la solitude, non pas tant pour se rejoindre, mais après la mort de la mère, pour retrouver la maison du père. Là Arcand nous donne certaines des plus belles images du paysage québécois. Le personnage principal fait de nouveau corps avec le paysage. Il circule dans sa lumière. Il voit l'horizon, il est ce regard qui passe de l'eau du fleuve à ces magnifiques îles lointaines. Sons des vagues, l'unique son des vagues. Je me prends à l'envier de tout mon coeur. Qu'est-ce que j'attends pour fuir moi aussi? Rien, précisément. Comme lui, qui n'attendait rien. Il pèle des pommes, une femme lui sourit. La rondeur parfaite des pommes où le regard s'attache un instant pour glisser vers l'horizon. Merci Denys Arcand!

Nuit

Texte retiré temporairement


Publié dans la revue Estuaire no. 133 été 2008 intitulé Jardins d'ombre. En librairie.

lundi 31 décembre 2007

Vide et paysage : citation

Voici de la peinture, voici de la pensée. Je suis dans le paysage, le paysage est en moi. Je suis une montagne ou un océan, ou plutôt la montagne et l’océan m’habitent, ils ont une intention profonde. Rien de romantique, il s’agit d’un souffle, d’une énergie, je dois les laisser passer. La peinture est une écriture, je me recueille et j’atteins la « grande simplicité », le « non-séparé ». Je vais être allusif, évasif, libre, à l’aise. En réalité, je pars d’un vide actif, je reste en mouvement, j’arrive à garder tout en vol. Si je fais trop ressemblant, ce sera vulgaire, si je ne fais pas assez ressemblant, je tomberai dans la divagation. Je ne suis ni réaliste ni naturaliste.

Contrairement à ce qu’on m’a appris, la Nature raffole du vide, elle ne demande qu’à se déployer par rapport à lui. Le paysage n’est donc pas un décor, un tableau à recopier, mais un partenaire. Il me charge de parler à sa place, c’est du « spirituel animé ». Le fond est un jeu, il émerge, il s’immerge. Mon temps quotidien est celui des saisons. La société veut détruire ma vie, je la nourris en douce. Plus exactement, les montagnes ou les rivières s’en chargent pour moi. En restant assis près d’une fenêtre, avec une table propre, un pinceau et de l’encre, « j’explore les quatre coins du monde ». Un seul trait de pinceau, et c’est parti. Un seul trait de plume. Du coeur à la main, le poignet est l’organe essentiel. Je ne suis pas prisonnier de mon oeil, un coup yin, un coup yang, je rentre en contact avec ce fameux tao dont on fait un au-delà fumeux alors qu’il est la voie de la respiration elle-même. Shitao : « L’encre, en imprégnant le pinceau, porte à l’animation alerte ; le pinceau, en faisant évoluer l’encre, porte à la dimension d’esprit. » Jullien, qui analyse tout cela de très près, cite Picasso : « Si j’étais né Chinois, je ne serais pas peintre, mais écrivain. J’écrirais mes tableaux. » Bien entendu, nous sommes ici dans la poésie la plus stricte, mais surtout dans le « sans effort » (tian gong). Rien n’est fermé mais je dois sans cesse désobstruer, désobscurcir, ouvrir, éclairer. Ce que je peins, ce que j’écris sera ainsi au-delà de l’encre et du pinceau, et même au-delà des mots. Rien n’est « fini », tout se passe « comme si, sur le papier, naturellement, se produisait une peinture ». Et pourquoi pas comme si, sur le papier, naturellement, un livre s’était écrit ?»

Philippe Sollers

lundi 10 décembre 2007

Coalition pour les itinérants

Une coalition formée de groupes communautaires œuvrant auprès des sans-abri réclame du gouvernement Charest plus d'argent et une politique en matière d'itinérance afin de rendre les interventions gouvernementales, qui seraient trop éparpillées, plus efficaces.

Cette coalition déplore un manque de cohérence entre les différents programmes que ce soit en matière de prévention, de santé, de services sociaux et l'application de certaines lois.

Pendant ce temps, ses membres estiment que le phénomène de l'itinérance prend de l'ampleur au Québec et ne touche plus seulement les grandes villes comme Montréal.

En 1998, une étude de Santé Québec évaluait à plus de plus de 39 000 le nombre de personnes qui avaient recours aux refuges de nuit, aux centres de jour et aux soupes populaires à Montréal et Québec. Mais la situation aurait empiré depuis, puisqu'ils estiment à quelque 50 000 le nombre de personnes aux prises avec cette situation aujourd'hui.

Le 12 décembre prochain marquera le cinquième anniversaire de l'adoption de la loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale. La coalition profite de l'occasion pour inviter la population à manifester le 12 décembre sur la Colline parlementaire à Québec afin de réclamer une véritable politique en matière d'itinérance.


Source : 24 heures actualité

mercredi 21 novembre 2007

Respiration

pour Sophie et Sam


Lèvres roses

Peau brune

Bleu azur



Tout cela est lent



Nuages rosées

Enlacés au bleu transparent

Sur un lit de branches



Tout cela respire

samedi 10 novembre 2007

Nuage au dessus de la forêt des esprits dépeuplée : Le paysage des limbes


Extrait du journal Le Monde :

Cité du Vatican -- Les théologiens du Vatican sont convenus après des mois de travaux que les limbes n'existent pas et que les petits enfants morts sans baptême vont directement au paradis, mettant fin à une tradition multiséculaire qui a tourmenté des générations de mères. Dans un document adopté avec l'accord du pape Benoît XVI, la commission théologique internationale du Vatican a conclu qu'il existe «des bases théologiques et liturgiques sérieuses pour espérer que, lorsqu'ils meurent, les bébés non baptisés sont sauvés». L'idée des limbes reflète «une vision trop restrictive du salut», ont-ils tranché
Cet avis autorisé prend le contre-pied de plusieurs siècles de croyance sur l'existence des limbes («bordure» en latin), un lieu situé entre l'enfer et le paradis où avaient été relégués les bébés morts non baptisés.


Mais que ferons tous ces non-baptisés, les Homères, les Platons, les Aristotes, qui n'ont pas reçu le précieux sacrement, puisqu'ils sont nés avant la venue du Sauveur ? Je crois que tous ceux-là se sont enfui, suivant les conseil d'Ulysse, avant d'être détruits. Ils sont dans ce grand nuage qui s'avance vers moi!

Virgile parle à Dante, chant 4 de la Divine Comédie :


Et lui à moi : « L'angoisse de ceux qui sont en bas empreint mon visage de cette pitié que tu prends pour de la frayeur. Allons ! la longue route nous presse. » Ce disant, il entra et me fit entrer dans le premier cercle qui ceint l'abîme.

Là, selon qu'en jugeait, l'ouïe, point de gémissements, mais des soupirs dont frémissait l'air éternel. Et ces soupirs venaient de la tristesse, toutefois sans souffrances, que ressentaient des troupes nombreuses et d'enfants, et de Femmes, et d'hommes.

Le bon Maître me dit : « Tu ne demandes point qui sont ces esprits que tu vois? Or, avant d'aller plus loin, je veux que tu saches qu'ils ne péchèrent point : mais, si leurs oeuvres furent bonnes, cela ne suffit, parce qu'ils ne reçurent point le baptême, qui est la porte de la foi que tu crois. Ayant vécu avant le christianisme, ils n'adorèrent point Dieu dûment, et je suis moi-même de ceux-là. Pour ces choses qui nous ont manqué, non pour autre crime, nous sommes perdus, et notre seule peine est de vivre dans le désir sans espérance. »

Une grande tristesse me prit au cœur lorsque je l'entendis ; car je reconnus des gens de haute valeur ainsi suspendus.

— Dis-moi, mon Maître, dis-moi, Seigneur, commençai-je, voulant être certain de cette foi qui vainc toute erreur, jamais aucun, par ses mérites ou les mérites d'autrui, est-il sorti d'ici pour être heureux ensuite ?

Et lui, qui comprit mon parler couvert, répondit : « J'étais nouveau en ce lieu, lorsque j'y vis venir un Puissant, couronné du signe de la victoire .

Il en tira l'ombre du premier père, d'Abel son fils, celle de Noé et celle de Moïse, législateur et obéissant ; le patriarche Abraham et le roi David ; Israël, et son père et ses enfants, et Rachel pour qui il fit tant, et beaucoup d'autres, et les fit heureux ; car je veux que tu saches qu'auparavant les âmes humaines n'étaient pas sauvées. »

Nous ne cessions point d'aller pendant qu'il parlait, mais nous traversions la forêt, je veux dire l'épaisse forêt des esprits. Nous n'étions pas encore descendu beaucoup au-dessous du sommet, quand je vis un feu rayonnant autour d'un hémisphère de ténèbres. Nous en étions encore un peu loin, mais non pas tant que je n'y discernasse en partie qu'une gent illustre occupait ce lieu.

— O toi, qui honores toute science et tout art, qui sont ceux-ci que sépare des autres l'honneur qu'on leur rend ?

Et lui à moi : « Leurs noms glorieux, dont retentit le monde où tu vis, leur acquièrent dans le ciel la faveur qui tant les élève. »

Lorsque j'entendis une voix : « Honorez le grand Poète son ombre qui était partie revient. »

Lorsque la voix se tut, je vis quatre grandes ombres venir à nous ; elles ne semblaient ni tristes, ni joyeuses.

Le bon Maître me dit : « Regarde celui qui, avec cette épée en main, marche comme seigneur devant les autres : celui-là est Homère, le poète souverain, et l'autre qui vient ensuite est Horace le satirique ; Ovide est le troisième, et le dernier Lucain ; quoiqu'à chacun d'eux, comme à moi, convienne le nom qu'a prononcé la voix seule , ils m'honorent et en cela ils font bien. »

Ainsi je vis se rassembler la belle école du roi des chants élevés, qui au-dessus des autres vole comme l'aigle.

Lorsqu'ils eurent ensemble un peu discouru, ils se tournèrent vers moi, me saluant du geste, et mon Maître en sourit :

Et plus d'honneur encore ils me firent, me recevant dans leurs rangs, de sorte que je fus le sixième parmi ces grandes intelligences. Nous allâmes ainsi jusqu'à la lumière, parlant de choses qu'il est bien de taire, comme il était bien là d'en parler. Nous vînmes au pied d'un noble château, sept fois ceint de hautes murailles, et entouré d'un gracieux petit fleuve. Nous le passâmes comme une terre ferme : j'entrai par sept portes avec ces sages, et nous arrivâmes dans une prairie d'une fraîche verdure. Là étaient des gens aux regards lents et graves, de grande autorité dans leur apparence : ils parlaient peu et d'une voix douce. Nous nous retirâmes à part, en un lieu ouvert, lumineux et haut, de sorte que tous se, pouvaient voir. Là, devant moi, sur le vert émail me furent montrés les grands esprits, et de leur vue encore en moi-même je m'exalte. Je vis Electre, accompagnée de beaucoup d'autres, parmi lesquels je reconnus Hector, et Enée, et César, armé de ses yeux d'épervier. Je vis Camille et Penthésilée de l’autre côte ; je vis aussi le roi Latinus assis avec sa fille Lavinie. Je vis ce Brutus qui chassa Tarquin, Lucrèce, Julia, Marzia et Cornelia , et, seul à l'écart, Saladin . Puis ayant levé un peu plus les yeux, je vis le maître de ceux qui savent , assis au milieu de la Camille philosophique. Tous l'admiraient, tous lui rendaient honneur. Là je vis Socrate et Platon, qui se tiennent plus près de lui que les autres ; Démocrite, qui soumet l'univers au hasard ; Diogène, Anaxagore et Thaïes ; Empédocle, Héraclite et Zénon ; et je vis celui qui si bien décrivit les vertus des plantes, je veux dire Dioscoride ; je vis Orphée, Tullius et Livius , et Sénèque le philosophe moral; Euclide le géomètre, Ptolémée, Hippocrate, Evicenne et Galien, Averroès qui fit le grand Commentaire. Je ne saurais les nommer tous, car tellement me presse mon long sujet, que maintes fois le dire reste en arrière des choses. La troupe des six se sépara en deux : le sage Guide, par une autre route, me conduisit, hors de l'air tranquille, dans l'air qui frémit, et je vins en un lieu où rien ne luit.

Sous le tunnel Rachel

J'arrive sous le tunnel Rachel, je distingue un mouvement, un homme me fait face. Son sourire force mon sourire. Il a ressenti mon incertitude. À ses pieds, je vois son lit, ses couvertes, son campement, un cercle de pierre où faire un feu. Il me parle de lui : il me dit qu'il préfère dormir ici, parce que dans les missions on le réveille trop tôt.
Je lui demande s'il n'a pas froid. Pas encore dit-il, il se résoudra à dormir entre quatre murs quand l'hiver s'installera. Je m'inquiète de savoir s'il peut trouver à manger. Il dit qu'il n'a pas de problème. Il est à deux pas du Loblaw des Shop Angus.
De l'autre côté de la track, deux cages où dorment d'autres itinérants?

lundi 5 novembre 2007

Les grands parcs de Nietzche

Il faudra prendre conscience un jour, et vraisemblablement ce jour est-il proche, de ce qui manque avant tout aux grandes villes : des lieux calmes et vastes, de vastes dimensions où méditer, des lieux possédant de longs portiques très spacieux pour le mauvais temps ou l'excès de soleil, où ne pénètre pas le vacarme des voitures et des bonimenteurs et où une bienséance plus raffinée interdise même au prêtre de prier à voix haute : des édifices et des jardins qui expriment comme un tout la sublimité de la réflexion et du cheminement à l'écart. Le temps n'est plus où l'Église détenait le monopole de la médiation, où il fallait toujours que la vita contemplentiva soit complètement vita religiosa : et tout ce que l'Église a bâti exprime cette pensée. Je ne saurais comment nous pourrions nous satisfaire de ses édifices, même si on les dépouillait de leur destination ecclésiastique; ces édifices parlent une langue bien trop pathétique et partiale, en tant que demeures de Dieu et sièges fastueux d'un commerce supramondain pour que nous, sans-dieux, puissions y penser nos pensée. Nous voulons nous être traduits en pierre et en plante, nous voulons nous promener en nous-mêmes lorsque nous parcourons ces portiques et ces jardins.

Nietzche, Le gai savoir

vendredi 2 novembre 2007

Automne 2

Je vois à travers la forêt les feuilles colorées en teintes qui se pénètrent. La lumière du ciel, tendu au dessus de moi par les hautes branches des arbres, traverse des étages de feuilles jaunes et dorées. Le sentier, devenu ligne rougeoyante, attire le regard vers la vibration chatoyante des feuilles suspendues au gris des arbres. La forêt respire, dans cette chaleur de début novembre, en ce temps nouveau d'une certaine catastrophe, elle est tendre et suave, comme une amante attendant. Dans cet automne sidérant, tout est lumineux et doux. Au repos.


dimanche 28 octobre 2007

Contre Rabaska

Nos députés ne se promènent pas souvent sur la terrasse Dufferin, s'ils le faisaient et s'ils étaient sensibles au paysage, le décret autorisant le projet Rabaska n'aurait pas été promulgué. Je joins ma voix à ceux qui s'y opposent, au nom d'une mémoire et d'un respect du paysage, grandiose à cet endroit.